e-mobilité

« Exploration de l’e-mobilité et de ses conséquences économiques, sociales et spatiales. Introduction et synthèse » par Henry Bakis [1]

Les transports donnent lieu à des activités diversifiées à toutes les échelles. Ces activités ont évolué en intégrant les évolutions permises par  l’apparition de matériaux ou de moyens techniques nouveaux. Les technologies de l’information et de la communication ne font pas exception, Après la domestication des animaux de trait, après la roue, la vapeur, l’électricité,  les TIC ouvrent des horizons nouveaux en termes d’applications.  En particulier, la convergence entre informatique, Internet, et la téléphonie a donné naissance à des terminaux – les Smartphones – qui permettent une navigation plus facile sur la toile.

 

La diffusion de terminaux mobiles dont l’encombrement est négligeable, jointe au déploiement de l’Internet mobile, rende possible de nouvelles fonctionnalités (communications homme-homme, homme-machine ou machine-machine). Cela conduit à la mise au point de nouvelles applications qui, si elles sont adoptées, débouchent sur de nouveaux usages.  Après les Smartphones, se confirme l’émergence prochaine des Smartwach[2] et des objets connectés (tels des vêtements, des équipements automobiles) qui pourront jouer un rôle notable en situation de mobilité (y compris vers des domiciles pour télécommander des appareils variés[3]).

Ces usages sont regroupés commodément sous le terme générique de « e-mobilité », un néologisme de la même famille que d’autres mots composés selon la même structure : e-commerce, e-travail, e-learning. Le « préfixe » « e- » tend à compléter ou remplacer le préfixe « télé » qui était plus à la mode dans les années 80 : télé-enseignement, télé-activités, télé-travail (on parlait déjà de télédétection)… Je préfère personnellement parler de mobilité numérique car « e-mobilité » s’entend comme immobilité si les deux « m » du mot « immobilité » ne sont pas prononcés convenablement – et il faut bien reconnaître que cela est de plus en plus rare.

 

Ces usages en situation de mobilité sont nombreux : géo localisation (GPS), téléachat, télépaiement, interaction avec l’environnement, services en ligne des prestataires de transports (tarifs, horaires, correspondances),  etc.

Entre autres, signalons quelques applications récentes :

– le retour d’informations venant des voyageurs permet à l’opérateur de savoir quels trains auront le plus de places disponibles[4] ;

– le smart driving. Dans ce domaine, un exemple est fourni par le boîtier Clickdrive qui équipe des automobiles en déplacement tout en réunissant des données de serveurs distants afin d’informer le conducteur. Voir le document explicatif. Source : http://www.clickdrive.io/product.html (consult. sept. 2014);

–  certains vêtements sont déjà aptes à capter des signaux vitaux et peuvent donner l’alerte en cas de malaise[5].

On pourrait multiplier les exemples.  Il convient d’explorer systématiquement ces usages notamment à travers des études de cas comparées tout en assurant une veille technologique systématique.

 

Plusieurs questions d’ordre économique, social ou spatial se posent dans ce contexte. Relevons les suivantes:

Quelle sera l’ampleur de ces nouvelles tendances qui portent en potentiel la possibilité de connecter à tout moment tout individu à tout autre, ou à tout site web ?

 

Quelles sont les attentes des usagers ?

– Réduire les déplacements (en ne se déplaçant pas, ce qui rejoint l’ancienne problématique « TIC et transports : substitution ou complémentarité ?)

– Gagner en efficacité en situation de déplacement (accès aux informations afin de réduire les incertitudes) ?

– Faciliter la vie quotidienne ?

 

Qui sont les usagers ? Que pensent-ils de ces outils ?

– Peut-on mettre en relation ces nouveaux usages et l’espace géographique ?

– Quelles seront les conséquences sur les emplois ?  Va-t-on vers la généralisation du développement du travail à domicile  ou de  la fréquentation de tiers-lieux ?

 

Va-t-on vers une forme d’ubiquité numérique ?

Dans ces perspectives, peut-on entrevoir ce que deviendront les transports et l’entreprise, mais aussi la vie quotidienne et la ville du futur ?  François Adoue, Elodie Castex et Julia Salles nous entretiendront de certaines applications de l’e-mobilité, mais aussi des implications économiques, sociologiques et géographiques des évolutions en cours. Ecoutons-les donc avant de tenter de lister les réponses apportées à certaines des questions posées ici, grâce aux conférenciers et aux intervenants qui ne manqueront pas, j’en suis certain, de participer au débat.

Débat de fin de session

Je remercie les conférenciers pour les trois communications que nous venons d’entendre, et les intervenants pour leurs nombreuses questions. Les thèmes abordés aujourd’hui nous ont fait aborder trois aspects de la maîtrise du déplacement grâce aux outils de l’e-mobilité :

– des applications pour Smartphone  dans et autour des transports en commun franciliens (François Adoue)

– Les pratiques de covoiturage / Aire Métropolitain e lilloise (Elodie Castex)

– deux applications reliées à la mobilité dans le cadre de l’utilisation des médias géolocalisés (Julia Salles).

En introduisant cette session, j’ai posé quelques questions. Il n’était pas possible d’apporter toutes les réponses dans le temps limité de cette session. D’autant que les chercheurs ont encore à travailler pour instruire ces questions car elles sont aussi importantes qu’insuffisamment explorées.

Certaines questions ont cependant déjà été instruites et des réponses apportées  au cours de cette session :

– A propos des attentes des usagers, François Adoue nous indique quelques pistes intéressantes dans sa conférence sur les applications pour Smartphone  dans et autour des transports en commun franciliens. Il a insisté sur le fait que « tout le monde n’utilise pas les applications existantes ».  Il a souligné l’importance du « bouche à oreille » dans l’acquisition d’applications par les usagers (« c’est une dame qui m’a conseillé cela à l’arrêt de bus… »), même si ce n’est qu’après l’usage effectif de ces applications que ces dernières sont adoptées ou désinstallées. Il relève aussi que les outils de la mobilité numérique sont adoptés plus volontiers lorsque le trajet est complexe et caractérisé par des dessertes à faibles fréquences. Il a souligné aussi que ces outils sont utiles aident au développement de « stratégies d’optimisation de leurs déplacements notamment dans leur dimension temporelle ».

Qui sont les usagers ? Au cours de sa conférence sur les pratiques de covoiturage dans l’Aire Métropolitaine lilloise, Elodie Castex relève l’intérêt de ce type de déplacement. Elle a étudié les 8 sites web plus fréquemment concernés par son sujet et son espace d’étude. Les personnes proposant des trajets de covoiturage sont principalement des hommes, et des jeunes.

Que pensent les usagers de ces outils ? Certaines critiques ont été fournies dans le cadre de la discussion qui a suivi la conférence de François Adoue. Il été  souligné que l’« information est souvent incomplète ou orientée » notamment sur les attentes pendant les correspondances ; que l’on met beaucoup de temps à réunir l’information nécessaire ; que la connectivité est parfois inexistante ou insuffisante en situation de déplacement… Les faibles performances des batteries actuelles donnent lieu à des mécontentements et à des stratégies tant de la part des usagers (emporter le chargeur) que des constructeurs (augmenter la taille des écrans, ce qui au passage permet une batterie plus grande).

– Peut-on mettre en relation ces nouveaux usages  et  l’espace géographique? Elodie Castex a fourni quelques réponses sur ce thème. Elle a relève que l’analyse des couples origine-destination du covoiturage de la métropole lilloise, répond à une logique gravitaire : les principaux pôles urbains sont favorisés, les espaces moins dense sont peu représentés. Ce faisant, elle donne quelques pistes utiles pour intégrer ces évolutions dans l’aménagement de la ville du futur (elle révèle en particulier l’utilisation des gares comme point de rendez-vous : cela pourrait suggérer aux élus et aux aménageurs de prévoir un lieu dévolu à cet objet, lieu qui pourrait être comparable à la station de taxi). Julia Salles montré comment sur l’utilisation de médias géolocalisés permet de localiser son réseau d’ami. Le connu (réseau d’amis, lieux déjà visités et commentés par le réseau) est sélectionné dans un entourage inconnu devenant ainsi « moins indésirable ».

 

Références

Chapatte Marie-Laure (2013), Percée sur le front de l’e-mobilité,  http://www.letemps.ch/Page/Uuid/7e4a3482-6c49-11e2-8abf-80e1b0de70dd/Perc%C3%A9e_sur_le_front_de_le-mobilit%C3%A9,   01 février

Colloque numérique. com (2009), Atelier, 1er décembre, http://www.colloque-numerique.com/outils/qu-est-ce-que-le-colloque-numerique/bilan-de-la-manifestation-2009/atelier-2-e-mobilite.html

Observatoire Orange Terrafemina (), Smart cities : les enjeux de la emobilité, http://www.treizearticlesweblab.com/smart-cities; http://www.treizearticlesweblab.com/sites/default/files/OOT_treizearticlesweblab_smartcities.pdf

Papiers présentés au colloque du Havre, 11 sept.

 

NOTES

[1] Session  3 « Pratiques de l’e-mobilité » (11 sept.), Colloque international « Mobilités sans incertitude ? Incertitudes des mobilités ? ». Université du Havre, 10-12 septembre 2014. Henry Bakis, Président de la session
[2] Depuis 2013, plusieurs constructeurs (dont : Samsung, Sony, LG, Motorola et Asus) ont déjà sorti des modèles. L’Aple Watch est « d’abord » une montre mais elle permet aussi l’aperçu des messages, des appels ainsi que des alertes ; disposant d’une puce spéciale, elle permettra aussi de payer.
[3] Les relations entre la mobilité numérique  et la domotique vont fournir bientôt un champ d’étude intéressant.
[4] Voir l’application « Tranquilien » (de la SNCF, Ile de France) pour accéder aux informations sur l’affluence du train. http://www.transilien.com/static/data/tranquilien (consult. sept.2014).
[5]  Voir  http://www.omsignal.com/  (consult. sept.2014).

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