Géographie des TIC

Géographie des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC). Que  devient l’espace géographique à l’ère de la communication électronique ?

Plan et résumé
1 – Le déterminisme technologique à l’épreuve des faits 
.Utopies spatiales  (uniformisation du monde ; évitement des déplacements)
.La recherche réfute les visions des futurologues (l’expérience montre que les TIC ne suppriment pas les différences entre les lieux ; le développement des TIC rend encore plus vives les disparités territoriales)
 
2- La territorialisation des TIC
.Appropriation des TIC par les acteurs urbains (les territoires établissent des schémas directeurs, s’équipent, se dotent de stratégies assez efficaces échangent des « bonnes pratiques »).
.Les TIC, outils de la mobilité et de proximité (les TIC deviennent des outils de la mobilité et de la proximité). Le développement de services géolocalisés démontrent que les TIC ne nient pas le territoire, mais composent une réalité plus complexe.
.Les TIC, instruments de la concurrence des territoires. Comment les infrastructures et les services de TIC participent-elles à l’évolution des disparités entre les lieux et, plus généralement à la différenciation des territoires ?  Les TIC créent de nouvelles différences entre territoires : au niveau des équipements et au niveau des services.  L’ère de l’information se traduirait par: l’instauration d’un rapport de domination de « l’espace des flux » sur « l’espace des lieux » et l’existence de territoires économiquement dominants pendant que d’autres seront dominés ou coupés du nouveau système technologique.
 
3 – La banalisation des TIC
.La libéralisation des télécoms, rendue obligatoire par l’Union européenne, a permis une abondance de l’offre en milieu urbain.
Mais tous les lieux, toutes les régions du monde et tous les acteurs ne sont pas également concernés (zones d’ombre, fracture numérique, différences selon les activités).
.La notion d’espace géographique (classique) est qualitativement modifiée par l’irruption des TIC. Jusqu’ici, l’espace géographique était étroitement conditionné par la distance (kilométrique, temps, coûts).
.Les TIC sont aujourd’hui considérées comme des atouts additionnels pour un territoire, au même titre que l’eau, le gaz ou l’électricité. Aujourd’hui, dans les usages, les formes d’appropriation, les incidences socio-économiques, il existe un va et vient entre le virtuel et le réel. 

Pour la bibliographie, voir sur ce site les pages de la rubrique Références.

 

Partie 1 – Le déterminisme technologique à l’épreuve des faits 

Utopies spatiales …

Une grande place a été accordée aux utopies spatiales promues par les visions de futurologues dans un premier temps. Les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) étaient perçues comme des outils de lutte contre la distance et étaient les vecteurs d’une uniformisation du monde.

Evitement des déplacements et contraction de l’espace

La recherche réfute les visions des futurologues

L’expérience montre que les TIC ne suppriment pas les différences entre les lieux.

Bien plus, le développement des TIC rend encore plus vives les disparités territoriales

 

Partie 2- La territorialisation des TIC

L’appropriation des TIC par les acteurs urbains
L’offre de contenus répond plus aux exigences de la population. Les acteurs publics intègrent dans leurs différents programmes de 

éveloppement territorial les TIC de façon transversale  et les usagers témoignent d’une certaine maturité dans leur appropriation des technologies.

Inscription de plus en plus évidente des TIC dans les territoires et dans les politiques urbaines et régionales.

Les territoires établissent des schémas directeurs, s’équipent, se dotent de stratégies assez efficaces échangent des « bonnes pratiques ». Les responsables des collectivités territoriales se font aider par des structures variées.

Les TIC, outils de la mobilité et de proximité
Alors que le discours dominant des industriels et des politiques s’est longtemps fondé sur l’évitement des déplacements, les TIC sont envisagées, depuis quelques années, dans leur rapport aux mobilités physiques. Les TIC deviennent même des outils de la mobilité et de la proximité. Le domaine de la téléphonie mobile illustre ce resserrement du global vers le local.

Le développement de services
Les services géolocalisés démontrent que les TIC ne nient pas le territoire, mais composent une réalité plus complexe.

Les TIC, instruments de la concurrence des territoires
La diffusion des TIC et de leur usage est une certitude. Mais comment participe-t-elle à l’évolution des territoires. Comment les infrastructures et les services de TIC participent-elles à l’évolution des disparités entre les lieux et, plus généralement à la différenciation des territoires ?  Car les TIC ne produisent pas une homogénéité spatiale. Au contraire, elles créent de nouvelles différences entre territoires : au niveau des équipements et au niveau des services. Il en résulte un questionnement géographique fondamental.

On parle de « fracture numérique »  (entre Nord et Suds, mais aussi entre espaces des Nords ou à l’intérieur des Suds). Cela est vrai à l’intérieur d’un même pays à diverses échelles.

A une échelle macro, Manuel Castells il s’intéresse aux bouleversements sociaux, humains, politiques et culturels apportés par le développement des réseaux ; il défend la thèse d’une « nouvelle logique spatiale » qu’il appelle « espace des flux ».

L’ère de l’information se traduirait par: l’instauration d’un rapport de domination de « l’espace des flux » sur « l’espace des lieux » et l’existence de territoires économiquement dominants pendant que d’autres seront dominés ou coupés du nouveau système technologique.

 

Partie 3 – La banalisation des TIC

Extension spatiale et techniques des TIC

Extension spatiale de la couverture technologique ; diversification des possibilités de connexion dans les grandes villes. La libéralisation des télécoms, rendue obligatoire par l’Union européenne, a permis cette abondance de l’offre en milieu urbain. Depuis 2004 :les collectivités territoriales peuvent intervenir dans le domaine du haut débit en cas de carence de l’initiative privée (article L. 1425-1 du Code Général des Collectivités Territoriales, France). Cependant : un certain nombre de zones peu rentables ne sont pas concernées par ces initiatives locales : il n’y a donc pas universalisation de l’accès. De fait, tous les lieux, toutes les régions du monde et tous les acteurs ne sont pas également concernés (zones d’ombre, fracture numérique, différences selon les activités).

Le géocyberespace (geocyberspace) : l’espace géographique du 21ème siècle

Hypothèse. Le développement des TIC, les évolutions en cours semble mener à une révolution paradigmatique : la notion même d’espace géographique étant infléchie voire radicalement modifiée, par suite de la modification de ses relations à la distance.

La notion d’espace géographique (classique) est qualitativement modifiée par l’irruption des TIC. Jusqu’ici, l’espace géographique était étroitement conditionné par la distance (kilométrique, temps, coûts). Il n’en allait pas différemment depuis Vidal de la Blache, même si de meilleures performances, découlant du progrès technique, ont pu jouer le plus souvent dans le sens d’une réduction des temps et des coûts (par unité de distance kilométrique).

Le mot géocyberespace  (Bakis 1997, 2001) décrit l’espace géographique à l’ère des réseaux de la communication électronique de l’information. Il se distingue :

–          du mot « géoespace » (qui désignerait l’espace des kilomètres, de la distance physique, des lieux) ;

–          du mot « cyberespace » bâti à partir du mot cyberspace  – créé par un auteur de science fiction pour désigner un monde virtuel où plongent les habitants de mégalopoles hyper-informatisées ; des ingénieurs, ainsi que des chercheurs en sciences sociales ont adopté ce mot, appliqué  au territoire des infrastructures informationnelles et à la visualisation cartographique des flux sur le web.  Mais ce même mot de cyberspace est aussi utilisé pour désigner le nouvel espace de la communication électronique. Pour éviter toute confusion, les acceptions étant fort différentes, le néologisme « géocyberespace » a été forgé pour désigner un espace géographique doté de propriétés inédites : possibilité de relations régulières à longues distances de façon presque instantanée avec un haut niveau de qualité, et en partageant des informations si complexes qu’elles permettent aujourd’hui d’envisager des opérations chirurgicales à distance (opération Lindbergh, première intervention chirurgicale transatlantique chez l’homme -septembre 2001).

Un espace géographique et social plus complexe

Les TIC sont aujourd’hui considérées comme des atouts additionnels pour un territoire, au même titre que l’eau, le gaz ou l’électricité. Aujourd’hui, dans les usages, les formes d’appropriation, les incidences socio-économiques, il existe un va et vient entre le virtuel et le réel. L’espace virtuel commence même à jouer un rôle (voir page sur ce sujet sur ce site).

Les relations entre local et global deviennent aussi, plus étroites qu’avant les années 1990 (pour ne rien dire des siècles passés).

 

Conclusion – Vers  un nouveau paradigme: « le géocyberespace »?

Que devient le concept  d’ « espace géographique » alors que des territoires d’acteurs et d’institutions se construisent avec et autour des réseaux de télécommunications, des espaces virtuels et des usages d’Internet ?

L’espace de la communication électronique n’est pas le double du géoespace : il témoigne du fait que l’espace géographique se transforme structurellement, doté d’attributs radicalement nouveaux :

–          quasi ubiquité ; grands volumes d’information transmis à distance ;

–          nouvelles formes de lien social ;

–          configurations complexes inédites comme les communautés virtuelles – (Second life…) n’existant que grâce à Internet [RHE 94] dont les effets sont autant sociaux, culturels et politiques  [BAK 95, LEV 97, Bakis et Froment 05, Bakis 2005 Tunis] qu’économiques et spatiaux ;

–          usages des propriétés de l’espace virtuel au service du monde réel ; conquête des mondes « virtuel » ;

–          la géolocalisation permet de fournir des informations en fonction de la position géographique de l’utilisateur.

–          Etc.

Dès la seconde moitié du 20ème siècle, au moins, l’homme vit dans un espace géographique et social qui doit beaucoup au téléphone  [Abler 1977,2001, De Sola Pool 1977, Gottman 1977]. Les propriétés des TIC ont se sont élargies dans des proportions qui n’ont pas de commune mesure avec cette époque. Aujourd’hui, l’être humain vit toujours dans un espace géographique ‘réel’, mais cet espace n’est plus le géoespace : il intègre des dimensions nouvelles, des attributs nouveaux, le rendant plus complexe. Il semble utile de le nommer pour l’identifier et mieux le cerner : géocyberespace.

Remarquons pour finir, que

1)      l’espace de la communication électronique ne vient ni se substituer ni se superposer passivement au traditionnel « géoespace » : il vient s’y mêler étroitement et ce, à toutes les diverses échelles ;

2)      loin de marquer la fin de la géographie, le développement des technologies de communication en annonce le renouveau.

Références

BAKIS Henry & VIDAL Philippe (2010), « Geography of the Information Society“, in B. Reber & C.  Brossaud (eds.), Digital Cognitive Technologies. Epistemology and Knowledge Society, ISTE / Wiley, Ch. 5, pp. 71-87.

Autres références indiquées en séance

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